Droits d'auteur YouTube : Quelle appréciation pour l'originalité ?

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Google vient de lancer un pavé dans la marre du web. Les ondes se répercutent un peu partout sur la toile et une question évidente se pose : quelle appréciation peut-être accordé à l'originalité créative sur YouTube ?

Les faits

Le géant du web Google a fixé de nouvelles règles sur sa plateforme YouTube pour protéger les droits d'auteur. Au niveau des répercussions sur le tissu social du web, les podcasteurs qui proposent des sketchs ne seront pas vraiment concernés. En revanche, les Youtubers qui produisent des critiques ou analyses de jeux vidéo seront considérablement touchés par ces nouvelles dispositions puisqu'ils utilisent très souvent des contenus protégés pour illustrer leur propos (musiques, extraits de séries, de films entre autres). Notons que les créateurs de contenus qui proposent par exemple des revues de presse en format vidéo, souvent élaborées à partir d'extraits, seront également touchés. Dans cette perspective, on peut comprendre que Google souhaite encourager la création de contenu purement originaux plutôt que des montages de séquences déjà existantes. Ce qui nous amène de fait à comprendre comment on peut évaluer un contenu original sur la toile.

Récupération, inspiration, plagiat, où en est le web ?
Droits d'auteur YouTube : Quelle appréciation pour l'originalité ?

Dans un premier temps, il serait intéressant de définir ce qu'est l'originalité créative. S'il est question de la production d'une œuvre unique qui n'a, en substance, été le fruit d'aucune influence, alors nous devons considérer que cette vision pose quelques limites. Certains trouverons la critique un peu facile, mais dès lors où les créations modernes (qu'elles soient picturales, musicales ou réalisées à travers d'autres formes d'expression) constituent pour la plupart le fruit d'une inspiration ou d'une influence majeure, on peut se demander finalement comment définir la créativité dans son ensemble. Bon nombre d'artistes célèbres ont par exemple repris des passages de musiciens inconnus pour écrire leurs "tubes". Souvenons-nous du cas de Daft Punk qui avait récupéré le sample musical d'un Youtuber coréen. Dans ce cas, à qui vont les droits ? Il y a comme des effluves d'hypocrisie dans l'air. La pratique ne date pourtant pas du streaming et remonte même aux siècles des grands compositeurs à jabots. Les arts ne sont pas les seuls domaines concernés, on se souviendra par exemple d'Einstein soupçonné de s'être largement inspiré des travaux d'Henri Poincaré pour sa théorie sur la relativité. L'un dans l'autre, si YouTube avait dû statuer sur la question à l'époque, les exploitants de charbon auraient probablement aujourd'hui le monopole du marché énergétique.

En revanche, lorsque certaines inspirations ne prennent même pas la peine d'apporter un élément nouveau, la sanction est plus que légitime, elle devient un devoir moral. On peut donc sanctionner pour le plagiat mais lorsqu'il s'agit de condamner ce que nous pourrons communément appeler "la création par illustration", on assiste dès lors à la disparation d'un exercice de synthèse critique. C'est aussi ce qui permet à l'originalité créative de se démarquer et d'exister. En fin de compte, si les podcasteurs produisent des critiques de jeux vidéo qui permettent aux consommateurs de mieux cibler leurs achats, le fabricant profite également d'une grille d'évaluation qui aide à déterminer le succès de son produit. Une bonne critique sera faite si un jeu est bon, par conséquent les ventes seront également encouragées par cette 'influence positive.

A qui profite le crime ?

Ces interactions appartiennent à un écosystème où les flux financiers ne profitent peut-être pas suffisamment à YouTube et pour cause, la plateforme doit sa monétisation aux productions des podcasteurs, ces derniers contribuant dans une large mesure à l'écoulement des publicités. Il est essentiel de garder à l'esprit que les grandes multinationales n'ont guère d'intentions philanthropiques mais bien plus d'intérêt à développer leur chiffre d'affaire. Une logique qui pousse à verrouiller les sources de revenus, surtout lorsque celles-ci encouragent d'une certaine manière, un commerce parallèle. Il faut donc encadrer, mais dans le cas présent la démarche s'apparente d'avantage à de la sanction. En effet, la décision de Google est déjà très mal perçue par un bon nombre de Youtubers. Il faudra bien trouver un juste milieu au risque que des phénomènes du type "Harlem Shake" deviennent incontrôlables. Si un tel article devait être publié sur Youtube en format vidéo, il faudrait certainement s'attendre à une dizaine de revendications de droits. Un encadrement qui relève plus de la sanction ?