Lorenzo Benedetti (fondateur du Studio Bagel) : "C'est la revanche des sales gosses !" (EXCLU)

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Alors que la chaîne Studio Bagel a dépassé en mars le seuil des deux millions d'abonnés YouTube, meltybuzz a pu s'entretenir avec Lorenzo Benedetti, son heureux fondateur. Des débuts avec Jérôme Niel à la dernière recrue Baptiste Lorber, en passant par le rachat de Canal + il y a tout juste un an et les projets à venir, rencontre avec un expert du lol.

Vous êtes réunis ce soir pour fêter les deux millions d'abonnés YouTube de Studio Bagel. Que représentent-ils pour toi ?

Ca représente un truc vraiment cool. On rentre dans notre troisième année d'existence. On a fêté nos deux ans en novembre dernier. Aujourd'hui, les deux millions c'est vraiment un beau palier de franchi. On avance sans vraiment s'en rendre compte, mais c'est super de voir que les abonnés nous suivent dans notre développement. La première année, on était sur des sketchs, des parodies, des trucs light. Puis on a essayé de monter en gamme en réalisant des courts-métrages. Cette année, on fait un peu moins de vidéos qu'avant, deux par mois en général. Mais on met à chaque fois de beaux moyens pour créer de vrais jolis petits films. On va dans le sens de nos envies. Et réaliser que les abonnés nous suivent, c'est chouette.

A quoi ressemble l'entité Studio Bagel aujourd'hui ?

On a fait pleins de choses différentes. Il y a évidemment la chaîne YouTube Studio Bagel, la chaîne Studio Movie (créée en septembre 2014, ndlr), qui cartonne puisqu'on vient de passer le cap des 200 000 abonnés. Et aussi la chaîne Studio Gaming (lancement en octobre 2014, ndlr) qui en est déjà à 150 000 abonnés. On s'occupe des chaînes So Andy, Bapt&Gaël pour la production exécutive. Studio Bagel est aussi présent à la télé avec des programmes comme Le Dézapping (sur Le Before du Grand Journal) et Speakerine (sur Le Grand Journal). Il y a un mois, on a lancé un nouveau programme, Filles d'aujourd'hui, diffusé tous les samedis sur Canal +. On fonctionne à chaque fois au projet et à l'envie. Petit à petit, on a réuni une équipe assez nombreuse, qui travaille sur tous ces projets devant comme derrière la caméra.«Studio Bagel n'est pas l'avenir de Canal +.»

«Studio Bagel n'est pas l'avenir de Canal +.»

En mars 2014, vous étiez rachetés à hauteur de 60% par Canal +. Un an plus tard, est-ce que vous avez envahi Canal + ou la chaîne a-t-elle mangé Studio Bagel ?

Il n'y a pas de boulimie, d'un côté comme de l'autre. Il y a une volonté de collaborer de manière hyper vertueuse. On sait rester à notre place. Par exemple, on n'est pas l'avenir de Canal +. Je vois passer des articles qui annoncent : «Studio Bagel, l'avenir de Canal + ». On est juste une bande de talents qui a envie de faire des choses, qui utilise internet pour tester des concepts de façon libre et sans pression. Une fois que c'est mûr, on a un Canal + qui va nous aider et nous accompagner pour faire grandir un programme. C'est exactement ce qu'on voulait faire quand on est arrivé, et je suis fier de constater que c'est ce qu'on fait chez Canal +. On continue de travailler pour l'antenne, de leur apporter des programmes et des talents comme Alison, Poulpe ou Jérôme. Notre mission est celle d'être des dénicheurs.

Alison Wheeler et Monsieur Poulpe ont succédé à une Miss Météo qui avait du mal à succéder à Doria Tillier. Ils ont presque changé le concept de Miss météo en fait !

Mais c'est toujours la même démarche. La Miss météo à Canal + a toujours été un endroit où, sous prétexte de donner le temps, on déniche des gens. Ils ont vu Alison et Poulpe performer dans Le Grand Journal, et se sont dits qu'ils apporteraient justement quelque chose de différent. C'est compliqué de passer après Doria, qui est juste génialissime, et qui a apporté tellement. Mais je trouve qu'ils sont vraiment singuliers, et en cela, l'ambition du programme est respectée.

Revenons à la success story du Studio Bagel. Quelles sont les deux ou trois grandes étapes qui t'ont marqué ?

Déjà, le lancement en novembre 2012 a été un moment magique. Nos locaux n'étaient pas prêts, alors on a fait une soirée dans un appart. Je me souviens de ne pas avoir revu la caution tellement on avait défoncé l'appartement (rires) ! On a montré les quatre premiers sketchs aux gens. On a tout de suite compris qu'il y avait un truc un peu différent qui se passait. Les Tutos représentent un tournant important, car c'est le premier programme qui a vraiment été remarqué sur YouTube et à la télé. Après il y a notre arrivée chez Canal + et l'accueil qui nous a été fait. Tout le monde s'est mis en quatre pour qu'on puisse avoir les moyens de nos ambitions. Le reste reste à écrire (sourire).

Quel futur imagines-tu pour le Studio Bagel, dans trois, quatre ans ?

Je veux qu'on se développe dans nos différents métiers. Le premier, le plus important, c'est de continuer à dénicher, former et développer nos talents. D'avoir des convictions sur des gens et de miser sur eux. Ensuite, il y a notre métier d'éditeur de chaînes, qui consiste à créer des espaces thématiques comme Studio Movie dans le cinéma, Gaming dans les jeux vidéo ou Bapt&Gaël dans le WTF. Et puis le troisième métier de Studio Bagel, c'est de produire. On a envie de travailler avec les talents, d'accoucher de programmes qui soient drôles et aimés du public. Pour aller plus loin dans ces trois dimensions, on rêve aussi de fiction, aussi bien en série qu'au cinéma.

Le dernier talent recruté par Bagel est Baptiste Lorber. Pourquoi lui ?

Baptiste est quelqu'un qui gravitait dans notre univers depuis quasiment les débuts de Studio Bagel. C'est un mythe du web. Il a crée 10 minutes à perdre avec Gaël. Forcément, on se connait. Dans ce domaine, tout le monde se connait. Ca faisait longtemps qu'on avait envie de travailler avec lui. On a concrétisé cette envie.

«Baptiste Lorber est un mythe du web. On voulait travailler avec lui depuis longtemps.»

Quels critères as-tu en tête au moment de recruter un talent ?

Il n'y en a pas vraiment. Ca se joue au feeling et aux projets. Quelqu'un qui viendrait nous voir en disant juste « J'ai envie », c'est super mais ça ne suffit pas. Il faut qu'il ait une envie matérialisée par un projet. Après, il y a une notion d'esprit et de cooptation. On est pas à la Star Academy non plus, mais c'est comme quand tu organises un dîner. Tu réunis des gens qui se connaissent et d'autres pas, mais tu te dis que ça va fonctionner entre eux. Ca se fait en douceur. On intègre des nouvelles personnes par le biais de nos différentes productions, pour voir si elles s'intègrent dans le crew. On teste des gens sur Gaming ou Movie comme Pierre Croce, Sofiane, Antoine Schoumsky... On leur donne leur chance et on voit comment ça prend.

Lorenzo Benedetti (fondateur du Studio Bagel) : "C'est la revanche des sales gosses !" (EXCLU)

As-tu un regret sur un humoriste repéré il y a longtemps qui n'aurait pas intégré le Studio Bagel ?

La team qu'on a, elle est hyper complémentaire. Je n'ai pas de regrets parce que même les gens qui ne sont pas vraiment dans Bagel, on travaille quand même avec eux. Sur une de nos dernières vidéos, La Soirée, on a par exemple bossé avec Vincent Tirel. C'est un mec génial de chez Golden. Et ce n'est pas parce qu'il est chez Golden qu'on ne travaille pas avec lui. Il n'y a pas de « je vais piquer untel »...

Tu ne regardes pas les chiffres de Golden Moustache ?

On regarde tout ce qui se fait. La concurrence est amicale et même collaborative. Je pense qu'on transpose sur l'univers du web des choses issues de l'univers ultra-concurrentiel des médias traditionnels. Là, il y a un mercato et un esprit « c'est à moi, c'est à toi ». Dans le web, on ne fonctionne pas comme ça. Depuis que les gens font des vidéos, ils s'invitent tous mutuellement. Regardez Norman et Cyprien, ils sont potes. C'est naturel. Il n'y a pas de calcul par rapport à ça.

«On transpose sur l'univers du web des choses issues de l'univers ultra-concurrentiel des médias traditionnels. On ne fonctionne pas comme ça. »

Parlons un peu des stars du Studio Bagel. Lequel est le plus dissipé ?

C'est dur, ils sont tous dissipés (rires) ! C'est pour ça qu'on les aime. On est tous des sales gosses. A l'école, on était tous au fond à côté du radiateur. C'est la revanche des sales gosses ! On a tous un côté individualiste, une personnalité, et en même temps on aime être un collectif.

Si tu ne devais retenir qu'une vidéo du Studio Bagel ?

Je prendrai une vidéo avec Jérôme Niel, qui a été très important dans la genèse du Studio Bagel. Il a été là dès le début. Il m'a présenté à Axel, devenu le directeur d'écriture du Studio. On a été tous les trois un peu les têtes chercheuses et je garde une tendresse pour les vidéos qu'on a fait au début. Jérôme et Axel ont un peu été les frères aînés qui ont ouvert la voie aux autres.