Vérino : «En stand-up, on dit "Je t'aime" au public tous les soirs, et on espère que la réponse sera positive.» (EXCLU)

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Vérino enflamme actuellement sur la scène du Grand Point Virgule du mercredi au samedi soir avec son spectacle « Vérino s'installe...». L'humoriste ultra-connecté, toujours à l'affut d'un nouveau sketch, s'est confié à meltyBuzz.

Animateur de plus en plus demandé pour présenter les plateaux d'humoristes - il hostait notamment la soirée Virgin Radio au Grand Point Virgule - Vérino cartonne actuellement avec son deuxième spectacle, Vérino s'installe, dont meltyBuzz vous avait proposé un report. En plus d'être très doué, l'humoriste boute-en-train a aussi plein de choses intéressantes à dire sur son métier. Rencontre

meltyBuzz : Ce soir, tu as beaucoup parlé du sketch «Une trans chez les Kardashian », posté sur ta chaîne YouTube, et qui t'a valu de sévères critiques par certains transsexuels.

Vérino : Oui, les réactions ont été assez violentes. Certaines personnes m'ont insulté, d'autres ont pris ma défense. C'est vrai que j'en ai beaucoup parlé ce soir car mon show n'est pas fixe. J'en parle quand ça me vient, et là c'était très présent dans ma tête. Du coup, j'en profite pour tester des running gags. Et je me demande aussi comment j'ai pu blesser des gens avec ce sketch. Au fil de la réflexion, j'arriverai à quelque chose de plus construit sur scène.

mB : L'improvisation semble très présente dans son spectacle. Cette histoire en est un bon exemple. Comment gères-tu cet aspect ?

V. : Pour moi, le stand-up doit être hyper sincère. On a le devoir de monter sur scène et de dire de vraies choses. Les gens ne viennent pas voir du théâtre. Il faut gommer l'espace existant entre le public et l'humoriste. C'est beaucoup de travail, parce qu'il faut donner l'impression d'avoir un discours qui est celui du quotidien, et de l'autre côté pouvoir s'engouffrer dans l'impro dès que la situation s'y prête. On trouve des moments géniaux de cette façon. Tout ce que j'ai dit sur la transphobie, ça peut devenir quelque chose. J'enregistre tous les soirs mon spectacle pour réfléchir, avancer, et concrétiser certaines intuitions. Mais le show doit être nickel pour réussir à bien se libérer dans les moments d'impro. Il ne faut pas que ça devienne une béquille. C'est trop facile de lancer : « Ca va, il y a des couples » ? (rires).

mb : On ressent aussi en sortant de ton spectacle que tu es en réflexion sur le métier d'humoriste.

V. : Effectivement, j'ai un avis sur l'humour. J'estime qu'on est un peu comme Spiderman, « grands pouvoirs, grandes responsabilités » (rires). Quand on monte sur scène, on a le devoir de s'exprimer correctement pour expliquer des idées qui doivent amener au rire. C'est aussi pour ça que l'histoire avec les trans (un sketch de Vérino sur la transformation de Bruce en Caitlyn Jenner) m'attriste. J'avais bien réfléchis avant de le faire. Et le côté pédagogique m'intéresse beaucoup parce qu'on n'en parle jamais. Monter seul sur un plateau, avoir peur de ne pas faire rire... Les gens ont tendance à penser que le stand-up est quelque chose de facile à faire : tu montes sur scène et hop, tu racontes ta vie. Mais cet exercice est très violent ! C'est comme si tu disais « je t'aime » à quelqu'un et qu'on te fout un vent. Tous les soirs, on dit «Je t'aime » au public, et on espère que la réponse sera positive. C'est un risque énorme.

mB : Après ce sketch sur les trans qui a été mal reçu, penses-tu qu'il faut toujours rire de tout ?

V. : Oui, c'est obligatoire et nécessaire. Je le dis dans le spectacle. On a le devoir d'apporter du rire là où il n'y en a pas. Je n'avais jamais été dans cette direction, et je me rends compte que j'ai envie de ça. Je trouve que ça fait du bien de réussir à faire rire tout le monde sur un sujet aussi douloureux que Charlie Hebdo. Mon idée sur les transgenres était de parler d'un cas isolé d'une femme qui souffrait d'être un homme, et dont les gens disaient juste que c'était un buzz. Je voulais casser cette idée. Il s'avère que certains ne l'ont pas compris. C'est dommage. Mon erreur a été de la «genrer» masculine dans le sketch, ce que j'ai appris après coup. On est sur des sujets sensibles et de niche. Autant sur des sujets comme Charlie Hebdo, aucun terroriste n'est venu me dire que je donnais une mauvaise image de sa profession, autant sur le sujet de la transsexualité, on prend des risques ! C'est pas grave. J'estime être là pour prendre des risques, donc je vais continuer à parler de sujets sensibles. J'ai reçu des messages de gens qui me disaient : «On ne rit pas de la transsexualité ». Bien sûr qu'on peut en rire ! Ca peut ne pas faire rire tout le monde.

"Sur des sujets comme Charlie Hebdo, aucun terroriste n'est venu me dire que je donnais une mauvaise image de sa profession ! (rires)"

mB : Tu réalises une pastille internet, Dis donc internet, qui revient sur les buzz du moment. Lesquels t'ont marqué ces derniers temps ?

V. : Celui sur Charlie Hebdo a vraiment été le moteur. Je me suis rendu compte qu'on pouvait toucher les gens avec ces vidéos sur YouTube. Je me souviens d'avoir voulu traiter le clash des gitans, mais je ne voyais pas comment le faire sans devenir un espèce de juge. On peut juger ce que font les gens mais pas ce qu'ils sont. J'ai donc préféré changer de sujet car il n'y avait pas de fond à traiter. Je me souviens avoir dû aller très vite pour traiter l'accouchement royal de Kate Middleton. J'ai écris toute la journée car je ne pouvais pas passer à côté ! J'ai pris du plaisir à le faire, comme pour celui sur le scandale de la FIFA. En tout cas, je revendique toutes ces vidéos.

mB : Quelles sont tes maîtres en matière d'humour ?

V. : Mon inspiration va aux Etats-Unis avec des noms comme Louie C.K., Jerry Seinfeld. Ce sont des vrais stand-upers qui racontent des choses avec du fond. Louie C.K. est tellement impressionnant. Il fait rire sans utiliser de mécanique de blagues. Et il écrit beaucoup. C'est là que je me suis dit : on peut avoir un spectacle, faire un plateau d'humoriste et faire une vidéo par semaine d'un nouveau sketch. C'est possible, il suffit juste de travailler beaucoup !

mB : Quels humoristes encore peu connus gagneraient à l'être selon toi ?

V. : Il y en a un million (rires) ! Ceux qui vont faire l'humour de demain pour moi, c'est Baptiste Lecaplain, Kheiron, Kyan Khojandi qui va arriver avec un nouveau spectacle, Donel Jack'sman, Fary qui a une vraie proposition artistique. J'adore aussi Blanche, une vraie perle humoristique, et Shirley Soignon. Il y a peu de temps, j'ai découvert un mec, Adrien Arnaud, qui n'a pas encore son spectacle mais je sais qu'il fera partie des grands noms de l'humour ! Je pense aussi à Akim Omiri, Pierre Croce... Il y a une vraie pépinière de talents aujourd'hui.

mB : Tu as d'ailleurs fondé l'Inglorious Comedy Club en septembre 2014. C'est un concurrent, un petit frère du Jamel Comedy Club ?

V. : Très petit alors (rires). On a la salle d'une même jauge, mais je n'ai pas l'impact de Jamel. Je ne prends pas les humoristes sous mon aile. C'est plutôt : «Venez les gars, on joue ensemble et on se voit ». L'Inglorious me permet chaque semaine de voir mes potes ! (rires). On partage aussi de belles choses avec le public. Tous les mardis soir, on est complets, ça cartonne. Je m'éclate aussi car je dois aller dans la pure impro pour ne pas me répéter. Ca m'oblige à toujours réfléchir et écrire de nouvelles choses. Et j'adore ça !

mB : C'est très sympa le concept au début de ton spectacle où tu réponds aux tweets des spectateurs en direct sur une tablette iPad projetée sur un grand écran. Du coup, ton show commence plus tôt !

V. : Oui ! Parfois je suis très fatigué et on voit que j'ai du mal à taper (rires). Ca permet de préparer le public à la première partie. Comme ça, je n'envoie pas un mec au casse-pipe. Ca change tout. Les gens sont ravis de l'accueillir et la bonne ambiance est déjà là quand il arrive. Mais je dois être très concentré pour trouver des vannes en direct. Ce qui est marrant, c'est que j'ai crée ça par hasard. Je cherchais un moyen de raconter aux gens sur Twitter que c'est sur scène que ça se passe. Mais il fallait dire autre chose chaque jour que juste «youh ouh, coucou, n'oubliez-pas de venir ce soir !». Avec ce système, j'ai trouvé le moyen de communiquer avec ma fanbase tout en évitant d'être saoulant.

"Ceux qui vont faire l'humour de demain pour moi, c'est Baptiste Lecaplain, Kheiron et Kyan Khojandi."

mB : On sent que tu t'intéresses beaucoup aux réseaux sociaux...

V. : Oui, c'est une activité très chronophage entre Twitter, Snapchat, Vine, Facebook, YouTube, Instagram mais qui permet beaucoup d'interaction. J'essaie toujours de communiquer « à la manière de ». J'ai fait des erreurs aussi. J'apprends justement au fur et à mesure comment utiliser au mieux l'outil. Un réseau social ne doit pas être traité seulement comme un relais. C'est un média différent à chaque fois. L'année prochaine, je veux écrire des choses pour Vine et Snapchat. Il va falloir que je m'organise côté timing (rires).

mB : On t'a vu au cinéma dans Fonzy et à la télé dans Bref. As-tu d'autres projets ciné/séries de prévu ?

V. : Je n'ai aucune envie d'être comédien. Même si je prends du plaisir, c'est du pipi de chat comparé à ce que je fais là (rires) ! Etre humoriste, défendre tes propres idées sur scène, c'est vraiment mon rêve de gamin. Et donc c'est très compliqué pour mon agent qui me met sur des castings, mais je suis sur scène tous les soirs ! Si le rôle est vraiment intéressant, j'irai.

mB : Dernière question : Pourquoi portes-tu des ailes d'ange sur l'affiche de ton spectacle ?

V. : Il y a plusieurs raisons. J'ai l'image du mec gentil, bon pote etc... J'avais envie de casser ça. Dans le premier spectacle, je ne m'aventurais pas sur le terrain des fantasmes ou sur Charlie Hebdo. Je voulais être inter-générationnel. En gros, les ailes disent : « J'ai capté que vous me preniez pour un petit ange, ben viens voir mon 2ème spectacle, tu vas voir si je suis un ange ! » (rires). C'est aussi un petit clin d'oeil à un sketch du 1er spectacle sur les effets secondaires des notices. C'est toujours violent, et j'imaginais que dans certains cas, on ait enfin des trucs positifs genre « Attention, possibilité d'avoir des anges qui poussent dans le dos ! » (rires). >>> "Vérino s'installe...", du mercredi au samedi soir à 21h30 au Grand Point Virgule.